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Année de la vie consacrée: Saint Dominique

Notes de Nicole Carré prises le 13 mars 2015 lors de la conférence du frère Philippe Jeannin, o.p.

 

Saint Dominique et la spiritualité dominicaine

 

Les Dominicains, connus en France jusqu’à la Révolution française sous le nom de Jacobins ou, en Angleterre, sous le nom de Blackfriars en raison de leur chape noire qu’ils portent sur leur robe blanche, ont été approuvés par Innocent III en 1217 sous le nom de Frères Prêcheurs, au sein de l’Ordre des Prêcheurs (O.P.) qui regroupe également les moniales, les laïcs dominicains et les fraternités sacerdotales dominicaines.

Dominicains et franciscains sont des ordres mendiants. Dominique a fondé les dominicains en 1215 ; les franciscains l’ont été en 1223. François, comme Dominique, entend l’appel du Christ à rebâtir son Eglise. L’un et l’autre vont lutter contre les hérésies, nombreuses en ce siècle.

Quelle différence entre dominicains et franciscains ?

Le Christ dans une révélation à sainte Catherine de Sienne, lui dit : «  Considère quelle perfection, quel parfum de pauvreté... sur la barque de François…

Chaque Ordre excelle dans une vertu particulière bien que tous possèdent la Charité qui est le principe de toutes les vertus. François, mon cher pauvre, eut en propre la vraie pauvreté, à cause de l’amour qu'il avait pour elle ; il en fit la pièce principale de sa barque…

Ton Père Dominique, mon fils bien-aimé, a voulu que ses frères n’eussent point d’autre pensée que mon honneur et le salut des âmes, par la lumière de la science. C'est cette lumière dont il a voulu faire l'objet principal de son Ordre… Son office fut celui du Verbe, mon Fils unique… Il fut, lui-même, une lumière que je donnai au monde. » (Dial. c. v.).

Dans la vie dominicaine la contemplation conduit à l’action. « Là où s’arrête la contemplation d’un prêcheur, là aussi s’arrête son apostolat. Comme tu le vois, cette vie est la reproduction de la vie du Christ et des douze… (Quelle Vie ! Veritas, Gand, 1921?)

 

I - QUELQUES POINTS DE LA VIE DE SAINT DOMINIQUE

1 -Les années de formation (env.1170-1206)

- Dominique, fils de Félix de Guzman et Jeanne d'Aza, naît vers 1170 au château de Caleruega près de Silos en Vieille-Castille..

Selon la légende, la mère de Dominique (Dominicus en latin, ce qui signifie celui qui appartient au Seigneur) aurait vu en songe, pendant sa grossesse, un chien tenant une torche allumée dans la gueule, pour éclairer le monde. Ce songe résume la vie du futur saint, avec un jeu de mot en latin sur les futurs dominicains, domini canes (les chiens du Seigneur ou dominicains).

- Vers 1196, alors qu’il est étudiant à Palencia, sévit une famine. Il n’a qu’une chose qu’il puisse vendre pour nourrir les pauvres : sa Bible. Elle est l’outil de son travail quotidien. Il aurait dit : « Je ne veux pas étudier sur des peaux mortes alors que des hommes meurent de faim. »

- Vers 1203, Dominique est chanoine d'Osma. Dominique a passé ainsi environ dix ans dans une communauté de clercs, pratiquant une vie religieuse sous la règle de saint Augustin : les repas sont pris en commun, tous dorment sous le même toit, les ressources sont mises en commun. Cette règle sera la base des futures constitutions des prêcheurs.

- A la fin de 1203, Dominique accompagne son évêque Diégue d’Osma dans une mission royale au nord de l’Europe. Il s’agit de chercher une épouse pour un fils du roi Alphonse III. La mission échoue.[1]

En chemin, Diègue et Dominique découvrent le succès de l’ « Église » cathare dans le Languedoc. Dominique rencontre un aubergiste albigeois dans le sud de la France et passe la nuit à essayer de le convertir. Au matin, l'aubergiste avait renoncé au catharisme pour le catholicisme[2].

Le pape avait alors envoyé des légats pour prêcher contre les hérésies, sans succès. C’est en rencontrant les légats à Montpellier en 1206 que Diègue opère un tournant dans sa vie et celle de Dominique. D’après Diègue, les légats commettent l’erreur de vouloir corriger l’hérésie en partant de la position d’autorité que leur confère l’Église : pour faire pièce aux Albigeois (les cathares), il convient de prêcher dans la pauvreté et l’humilité.


Diègue et Dominique mettent alors en pratique leur propos, imités par les légats. La même année, le pape Innocent III approuve cette nouvelle manière dans une lettre au légat Raoul de Frontfroide.

L’année 1206 représente un tournant pour Dominique qui abandonne la vie communautaire régulière du chapitre d’Osma pour la prédication itinérante et pauvre.

 

2 - Les années de prédication contre les Albigeois et la fondation de l’ordre (1206 – 1215)

En 1207, Dominique fonde le couvent féminin de Prouilhe, point d’appui de « la sainte Prédication».[3]

En 1208, assassinat des légats pontificaux. Le pape appelle à la croisade contre les albigeois.

Dominique ne prend pas part à la croisade armée, il continue seul l’œuvre de prédication – Diègue est mort le 30 décembre 1207.

En 1215 trois frères rejoignent Dominique et font profession dans ses mains. L’ordre fondé est « pour la prédication et le salut des hommes ».

3 – L’universalisation de l’ordre (1215 – 1221)

En janvier 1217, le pape confirme le nom et la mission des Prêcheurs.

Le 15 août 1217, alors qu’ils ne sont encore qu’une poignée, Dominique envoie ses frères deux par deux fonder à Paris, à Bologne, à Rome, en Espagne. « Ne me faites pas d’opposition. Je sais ce que je fais ! », répond-t-il à ses objecteurs. On lui prête cette parole : « le bon grain entassé pourrit mais dispersé il porte du fruit. »

Dominique meurt le 12 août 1221 à Bologne, laissant derrière lui un Ordre muni d’une structure juridique qui lui assurera une remarquable stabilité au cours du temps.

Il est canonisé le 3 juillet 1234.

 

II - LA SPIRITUALITE DOMINICAINE

Missions : Apostolat et contemplation.

« ...Sa prière fréquente, toute spéciale à Dieu était d'obtenir une authentique charité, efficace à procurer le salut des âmes, pensant qu'il ne serait véritablement membre du Christ que du jour où il se livrerait tout entier de toutes ses forces pour gagner des âmes, à l'imitation du Sauveur universel, le Seigneur Jésus, qui se livra tout entier pour la totalité de notre salut.1 ».  (Jourdain de Saxe)

 

Voilà donc la première note spécifique de la spiritualité dominicaine :

 

Les caractéristiques spirituelles aux origines de l'Ordre des Prêcheurs

Laudare, benedicare, praedicare : louer, bénir, prêcher.

 

Ces trois mots inscrits sur le blason des dominicains résument les principaux éléments de la vie dominicaine, de sa mission et de sa spiritualité.

Laudare : la prière et la louange, particulièrement la célébration commune de la liturgie des heures.

Benedicare : la prière personnelle de dialogue avec Dieu

Praedicare : le ministère évangélique, la prédication dans toutes ses formes, y compris les écrits et la création artistique, aujourd’hui dans les milieux scientifiques…

 

Dominique vise la misère spirituelle

 

Contemplation et prédication sont les deux pôles de la vie dominicaine

 

La contemplation est pour ainsi dire l'élément de base que les Frères Prêcheurs ont en commun avec les autres Ordres contemplatifs qui existaient déjà (Bénédictins, Chartreux ou Cisterciens par exemple).

Par contre, le salut des âmes par la prédication est ce qui distingue les Dominicains des autres Ordres.

 

Enracinés dans une vie communautaire

Ces deux volets, apostolique et contemplatif, doivent être enracinés dans une vie communautaire. A partir de sa nomination à Osma, Dominique lui-même a pratiquement toujours vécu en communauté, donc avant même de fonder l'Ordre.

 

Vie communautaire, fondée sur l'étude de la vérité divine

 

Devises de l’ordre dominicain

< > (vérité).

Contempler et annoncer ce que nous avons contemplé » (Contemplari et contemplata aliis tradere), reprise de Thomas d'Aquin.

La vérité c’est, avant tout, une manière d’être au monde. À l’origi­ne, il y a le cœur débor­dant de saint Domini­que, inquiet de voir tant d’hommes et de femmes à l’écart de la Bonne Nouvel­le et qui choisit toujours le dialogue.

La prière dans la  vie dominicaine

Nous n'avons pratiquement aucun écrit de saint Dominique, seulement quelques lettres et fragments nous sont parvenus.

 

Dominique n'a pas expliqué à ses frères comment prier, mais, et c'est plus important, il a donné l'exemple. Les premiers témoignages sont clairs et concordants sur ce point : Dominique était un homme qui priait beaucoup, qui priait sans cesse, le jour mais surtout la nuit.

 

Une prière corporelle

 

C'est une des grandes caractéristiques de la prière de saint Dominique : il priait avec tout son être, corps et âme.

Certains frères se cachaient pour l'observer « pour se rendre compte de ce qu'il faisait, le témoin se cachait » ; ces mêmes témoins ont déposé plus tard à son procès de canonisation à Bologne.

Dans les Neuf manières de prier on note plusieurs attitudes corporelles, chacune reflétant une tonalité particulière de sa prière :

> L'inclination ou la prostration traduisent l'humilité face à Dieu.

> Debout, Dominique parle à Dieu ;

> Tendu comme une flèche, il implore.

> Les bras en croix manifestent une supplication intense.

> Les génuflexions expriment la confiance en la miséricorde de Dieu.

> Les mains jointes, étendues comme un livre traduisent la méditation attentive et l'offrande.

 

Retrouvez les visuels des Neuf manières de prier de Saint Dominique en cliquant ici : https://plus.google.com/photos/117682331094969542138/albums/5796235508994152881?authkey=CO3zxabX6Y_HYw

 

 

III – EMBRASSER L’AVENIR AVEC ESPERANCE : QU’EST-CE QUE L’ORDRE PEUT APPORTER AU MONDE ?

 « Cet ordre n’a d’ancien que son histoire » et vous pourriez être éton­nés par la moderni­té de ses objectifs, par son organi­sa­tion démocratique et son souhait de faire dialo­guer l’Église et la société contempo­raine.

Messagers de l’Évan­gile, philo­so­phes, théo­lo­giens, artis­tes, défen­seurs des Droits de l’homme, prédica­teurs ou mission­naires, aujourd’hui enco­re nous vivons de l’intui­tion de Domini­que : « étudier, prêcher, et fonder des com­munau­tés ». Car notre prédica­tion c’est d’abord le pari de la vie com­mune, témoi­gnage que la fraternité est possible. En frères prê­cheurs, nous travail­lons à traduire le message d’amour (Michel Lachenaud, prieur de la province de France qui regroupe la France et plusieurs pays en Afrique et Asie)

Entrer dans la spiritualité dominicaine au jour le jour

Sites dominicains d’aide à la prière, sur internet : par exemple, carême dans la ville : On reçoit des textes très courts de l’Ecriture avec des commentaires à prolonger par notre propre prière.

Les neuf manières de prier de saint Dominique

Réfléchir à ce que signifie vérité dans nos vies

Dominique était passionné de Dieu, passionné des hommes : et nous ?

 

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Quelques figures dominicaines

Saints Thomas d’Aquin, Albert le Grand, Vincent Ferrier,  Pie V, Martin de Porrès

Catherine de Sienne, sainte Rose de Lima

Las Casas, Fra Angelico, Pierre Claverie,  père Lataste

Les mystiques rhénans : Suso, maître Eckart, Tauler

Georgio La Pira, maire de Florence

Bartolomé de Las Casas

L'ordre dominicain de nos jours

De nos jours, l'Ordre compte :

près de 6 000 frères,

plus de 3 000 moniales, en 247 monastères

40 000 dominicaines apostoliques dans 119 congrégations

une centaine de milliers de personnes appartenant aux fraternités de laïcs (ou tiers-ordre dominicain).

 

 

La vie de saint Dominique en dates

 

1170 Naissance à Caléruega (Espagne)

1197 Chanoine d’Osma (Castille)

1203 Premier voyage de Dominique avec son évêque Diègue, en Scandinavie

1205 Deuxième voyage en Scandinavie, retour par Rome

1206-1215 Dominique rencontre les légats missionnaires du Pape à Montpellier ; décision de prêcher contre les Cathares dans la pauvreté volontaire. Prédication approuvée par Innocent III

Prédication aux Cathares dans le midi de la France à la manière des Apôtres

1207 Fondation du Monastère de Prouilhe

1215 Fondation de l’Ordre des Frères Prêcheurs à Toulouse

15 août 1217 Dispersion des frères à Paris, Bologne, Rome

1220 Première règle de l’Ordre

Pentecôte 1221 Envoi des frères en Angleterre, Scandinavie, Pologne, Hongrie, Extrême-Orient…

6 août 1221 Dominique meurt à Bologne

3 juillet 1234 Canonisation de Dominique par Grégoire IX

 

 

 

[1] http://www.esperer-isshoni.info/spip.php?article34

[2] Les cathares, en réaction aux richesses de l’époque dans l’Eglise développent une doctrine des parfaits.

Cette Église parallèle promouvait une doctrine dualiste, qui distinguait entre un monde matériel intrinsèquement mauvais et des principes spirituels qui devaient s’en libérer. Si l’on en croit Tugwell [8], cette Église impressionnait moins par sa doctrine que par ses mœurs austères, en particulier ceux de ses prédicateurs qui témoignaient dans un style de vie pauvre de leur conviction.

[3] Prouilhe est entre Carcassonne et Toulouse