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Année de la vie consacrée: Sainte Thérèse de Lisieux

Notes de Nicolle Carré prises le 21 janvier, lors de la conférence du Père Sylvain Lamerand, chapelain au sanctuaire de Lisieux.

 

Connaître la vraie Thérèse de Lisieux

 

 

Le 21/1/1897, quelques mois avant de mourir, Thérèse écrit ce poème pour la fête de sa sœur Agnès.

Et elle lui  dit : toute mon âme est là.

 

" Ma joie

Poésie n° 45

Il est des âmes sur la terre
Qui cherchent en vain le bonheur
Mais pour moi, c’est tout le contraire
La joie se trouve dans mon cœur
Cette joie n’est pas éphémère
Je la possède sans retour
Comme une rose printanière
Elle me sourit chaque jour.

Vraiment je suis trop heureuse,
Je fais toujours ma volonté…
Pourrais-je n’être pas joyeuse
et ne pas montrer ma gaieté ?…
Ma joie, c’est d’aimer la souffrance,
Je souris en versant des pleurs
J’accepte avec reconnaissance
Les épines mêlées aux fleurs.

Lorsque le Ciel bleu devient sombre
Et qu’il semble me délaisser,
Ma joie, c’est de rester dans l’ombre
De me cacher, de m’abaisser.
Ma joie, c’est la Volonté Sainte
De Jésus mon unique amour
Ainsi je vis sans nulle crainte
J’aime autant la nuit que le jour.

Ma joie, c’est de rester petite
Aussi quand je tombe en chemin
Je puis me relever bien vite
Et Jésus me prend par la main
Alors le comblant de caresses
Je Lui dis qu’Il est tout pour moi
Et je redouble de tendresses
Lorsqu’Il se dérobe à ma foi.

Si parfois je verse des larmes
Ma joie, c’est de les bien cacher
Oh ! que la souffrance a de charmes
Quand de fleurs on sait la voiler !
Je veux bien souffrir sans le dire
Pour que Jésus soit consolé
Ma joie, c’est de le voir sourire
Lorsque mon cœur est exilé…

Ma joie, c’est de lutter sans cesse
Afin d’enfanter des élus.
C’est le cœur brûlant de tendresse
De souvent redire à Jésus :
Pour toi, mon Divin petit Frère
Je suis heureuse de souffrir
Ma seule joie sur cette terre
C’est de pouvoir te réjouir.

Longtemps encore je veux bien vivre
Seigneur, si c’est là ton désir
Dans le Ciel je voudrais te suivre
Si cela te faisait plaisir.
L’amour, ce feu de la Patrie
Ne cesse de me consumer
Que me font la mort ou la vie ?
Jésus, ma joie, c’est de t’aimer !"

 

« Ma mission va commencer avec ma mort : donner ma petite voie aux âmes », dit Thérèse.

 

La petite voie de Thérèse  n’est  autre que le cœur de l’Evangile :   Dieu est amour, c’est pourquoi elle lui fait confiance. « C’est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l’amour ».

Dans la voie de la petite enfance il y a la vérité la plus universelle : Dieu est notre Père et nous sommes ses enfants.

Thérèse affirme : le problème n’est pas notre petitesse. Il est que nous ne faisons pas confiance à Dieu. Il ferait de nous des saints si nous osions lui donner toutes nos limites, ajoute –t-elle.

Tout ce que Thérèse affirme elle en a fait l’expérience. Elle n’a cessé de grandir en confiance. Elle a l’audace de dire que depuis l’âge de trois ans elle a toujours dit oui à Jésus et en même temps elle arrive les mains vides. Elle veut l’aimer comme une enfant  et comme une guerrière, dit-elle encore.

Trois expériences fortes marquent ce chemin de confiance.

+ A 10 ans, Thérèse tombe malade. On ne sait ce qu’elle a. On croit qu’elle va mourir. Sa sœur Pauline qui est devenue sa deuxième mamanaprès la mort de leur mère lorsqu’elle avait 4 ans ½, rentre au couvent. Thérèse est profondément déprimée. Elle se tourne alors vers Marie, la mère de Jésus et lui demande d’avoir pitié d’elle. Elle voit Marie lui sourire. « Alors toutes mes peines s’évanouirent ». En un instant, elle est guérie (13/5/1883). Marie sera toujours sa maman. Elle s’en souviendra toujours, même dans la nuit intérieure. « Dieu nous a tant aimés... Il nous a donné sa propre mère. »

+ Le 1/5/1884 Thérèse fait sa première communion : ce fut un baiser de fusion, raconte –t-elle dans son autobiographie.

Un an après, selon la tradition de l’époque, elle fait sa communion solennelle. La retraite qui est alors prêchée parle de l’enfer. La joie de Thérèse s’évanouit.  Elle voit des péchés partout ; elle va vivre un an et demi de scrupules intenses.

La conscience d’être séparée de Dieu, la peur d’aller en enfer la fait espérer encore plus en la miséricorde de Dieu. Elle s’appuie d’abord sur sa sœur Pauline, puis, quand Pauline à son tour entre au couvent, elle se tourne vers ses quatre petits frères et sœurs qui sont morts avant sa naissance et lui demandent de l’aider puisqu’ils sont auprès de Dieu. Instantanément elle est délivrée de ses scrupules.

Thérèse  peut donc écrire : « Quelle douce joie de penser que le bon Dieu est juste, c’est-à-dire qu’il tient compte de nos faiblesses, qu’il connaît parfaitement la fragilité de notre nature. De quoi aurais-je donc peur ? ».

+ En octobre 1886, nouvelle séparation : cette fois c’est Marie qui rentre au carmel. Thérèse va avoir 14 ans mais elle est restée une petite fille qui pleure beaucoup et qui, ensuite, pleure d’avoir pleuré.

A Noël, elle entend son père dire que c’est le dernier Noël avec tout le cérémonial enfantin des cadeaux.  Thérèse pleure mais elle ne veut pas se présenter à son père ainsi et le peiner. Dieu, une fois encore, va être présent dans sa peine. « Je fis un acte de grand effort. En un instant, l’ouvrage que je ne pus faire en 10 ans, Dieu le fit. Je sentis la charité entrer dans mon cœur et depuis lors je fus heureuse ».

Thérèse a désiré très jeune être sainte. Mais, peu à peu elle fait l’expérience de son incapacité à être sainte par elle-même. Au lieu de la décourager  cela la fait grandir en confiance envers Dieu. C’est cette confiance qui fait qu’elle traverse les épreuves et les change en chemin de joie. C’est cette confiance qui fait qu’elle ne cesse de fortifier son courage et sa volonté. C’est cette confiance qui fait qu’elle veut coopérer à l’amour miséricordieux de Dieu, qu’elle veut faire entrer Dieu dans le monde. C’est cette confiance qui fait que Thérèse est humble. C’est cette confiance qui fait dire à Thérèse : « je fais toujours ma volonté » car Thérèse n’a d’autre volonté que l’amour.

La voie d’enfance n’est pas infantilisme mais (re)trouver toute sa dignité d’enfant de Dieu.

« Il faut dire au bon Dieu : » Je sais bien que je ne serai jamais digne de ce que j’espère, mais je vous tends la main comme une petite mendiante ».

« Il n’y a que ce qui est éternel qui peut nous contenter ».