Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

menu

Les migrants, nos frères venus d'ailleurs

CR de la réflexion du groupe "Débattre en Eglise" au début de l'année 2016/ 2017

 

« Les migrants, nos frères venus d'ailleurs »

 

Réflexion du groupe "Débattre en Église"

à partir d'un texte de Christian Mellon et

de messages du pape François

1. L'accueil de l'étranger dans la Bible.

À partir d'un texte de Christian Mellon de janvier 2013

C'est un vieux problème que celui de l'accueil de l'étranger. Au peuple juif qui n'a cessé de migrer, d'être toujours en route, Dieu dit « n'opprime pas l'émigré car vous avez été émigrés au pays d’Égypte ». Il y a quelques jours des jeunes de Nanterre et de Saint Denis se sont organisés pour apporter de la nourriture aux migrants (dont beaucoup viennent d’Érythrée) qui campent depuis leur arrivée en France sur la place Stalingrad. « Nous sommes des immigrés comme eux », disent-ils. Puisqu'il faut se souvenir de notre passé d'étranger, nous avons donc échangé sur nos expériences de nous sentir étranger, parfois très bien accueillis ou au contraire rejetés, ou encore reçus sans attention particulière (même en famille!).
Puis nous nous sommes penchés sur les migrants qui arrivent actuellement en Europe. Ils sont vite catalogués selon des critères juridiques, avec des droits différenciés, alors qu'ils sont tous des personnes comme nous et devraient avoir tous le droit d'être reconnus dans leur dignité d'homme ou de femme. Combien serait plus pertinente une distinction en fonction de leur difficulté d'être. Celui qui émigre avec l'espérance de revenir chez lui est dans un état bien différent de celui qui a été obligé de rompre définitivement avec ses racines et n'a plus aucun espoir de retour, bien différent aussi de celui qui, étant revenu chez lui, y a été reçu à nouveau comme étranger. Que d'histoires différentes !
Ce sont bien des histoires différentes que Julien a entrevues pendant un séjour de volontaires de communauté de vie chrétienne (CVX). Trois semaines dans un centre d'hébergement du sud de la Sicile. Il nous a dit l'effet de se sentir étranger parmi les étrangers, l'apprentissage à communiquer qu'il écrit ainsi dans le blog qu'il a tenu à son retour : « d'abord oser aller vers l'autre, simplement être présent, attendre, tendre quelques perches que l'on espère non intrusives... et goûter la saveur de l'échange lorsqu'il est finalement établit ». Il nous a dit aussi l'impression qu'il a eu à certains moments de ne pas être utile, surtout, lorsque, passant par des phases de découragement, les « accueillis » souhaitent ne pas être dérangés. Et pourtant à l'heure du départ que d'émotions au souvenir des moments partagés dans le respect mutuel. C'est ça l'accueil, avons nous conclu ensemble. Et si de cette expérience nous retenions que nous sommes mutuellement étranger l'un à l'autre ? Et par conséquent frères dans notre étrangeté.
Les émigrés que Julien a rencontrés en Sicile ont atteint la rive vivant. Combien sont mort en mer ? C'est en pensant à eux que le pape François, au cours de sa visite à Lampedusa en juillet 2013, nous a demandé de répondre à la question de Dieu à Caïn : « Caïn qu'as-tu fait de ton frère ? ». Nous ne sommes plus capables de nous garder les uns les autres. Nous nous habituons à leur mort. Nous ne savons même plus pleurer.
De l'ancien testament au nouveau le message de Dieu change. Du salut pour un peuple on passe au salut pour tous. Jésus lui-même, dit Christian Mellon, met du temps à faire ce passage au cours de sa vie sur terre [belle preuve qu'il s'est fait homme !], puisqu'il se dit, au début, envoyé « pour les brebis perdues d'Israël » avant d'ouvrir sa mission aux païens. . Il parle alors au centurion romain, à la cananéenne et au samaritain. De l'ancien au nouveau testament le terme aussi a changé. Il n'est plus question d'étranger, d'immigré, mais de prochain, avec dans la parabole du bon samaritain un retournement. Qui est le prochain de l'homme blessé demande Jésus, entendant par là qui s'en fait
proche ? Il nous demande ainsi de nous faire proche de l'autre. Et, proche de l'autre, nous serons proche de lui, puisqu'il a dit : « j'étais un étranger et vous m'avez accueilli ».
Accepter d'être proches de ceux qui sont différents, qui ont d'autres rites et qui éprouvent le besoin de les conserver pour se retrouver ensemble car c'est vital pour eux, c'est ce que les Apôtres ont dû vivre pour constituer une Église ouverte et universelle. N'est-ce pas la même question qui se pose à nos jours dans notre société ?    (écrit le 12/10/2016)

2. L'accueil de l'étranger dans la doctrine sociale de l’Église.

À partir d'un texte de Christian Mellon de janvier 2013.


Sur l'accueil de l'étranger la doctrine sociale de l’Église est radicale. Radicale d'abord, parce qu'elle interdit toute discrimination. Elle s'applique à tous les migrants et préconise le regroupement familial. Or que se passe-t-il pour les migrants arrivant en Europe ? un tri. Un tri en plusieurs étapes. Un premier sélectionne les migrants supposés venir de pays où leur vie est en danger. Ils sont candidats potentiels à être reconnus comme réfugiés. Les autres, ceux qui ne proviennent pas de pays réputés sûrs, même s'ils y ont été pourchassés, ceux qui ont fui la misère et qui sont partis, espérant des conditions de vie meilleures, sont écartés. A tous moments, ils sont sous le coup d'une obligation de quitter le territoire. Les premiers doivent encore attendre de longs mois pour savoir s'ils sont reconnus comme réfugiés. En 2015 l'office français pour la protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) n'a considéré comme recevables que 26 % des dossiers instruits. Et ceux qui ont été déboutés du droit d'asile alimentent la cohorte des « sans papiers » ! Radicale aussi, parce qu'elle considère « que la protection des frontières est un droit postérieur et secondaire par rapport au droit des personnes et des familles à la subsistance » (Conférence épiscopale du Mexique). Or que se passe-t-il pour les migrants arrivant en Europe ? Une fois franchie, à leur risques et périls, la frontière naturelle que constitue la Méditerranée ils vont être arrêtés aux frontières de l'Europe, puis de multiples fois à l'intérieur. Radicale toujours, quand elle dit que chaque pays doit « prendre sa part » dans l'accueil de cette misère. En  prônant  une citoyenneté universelle pour toute personne, l’Église plaide pour une gestion des migrations humaines non pas selon les intérêts nationaux mais selon « le bien universel ». Or que se passe-t-il en Europe qui ne prend pourtant, en 2015, que 8,6 % de l'ensemble des réfugiés et déplacés de la planète ? Entre États c'est la course au moins prenant !
Que faire ? Bien sûr, faire respecter le droit inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l'Homme (1948), qui consacre de nombreux articles aux droits économiques et sociaux, dans la Convention relative au statut des réfugiés (1951), complétée par le protocole de 1967 et dans celle des droits de l'enfant (1989). Faire entrer dans le droit la Charte mondiale des migrants (2011) et la question des réfugiés climatiques, comme le préconise le pape François dans son encyclique « Laudato Si » (2015). Bien sûr, avoir des politiques internationales qui favorisent le développement des pays les plus pauvres qui ont « davantage de droits que les autres » dit le texte de Mellon, alors que les accords de libre échange en cours de signature avec ces pays mettent en concurrence des économies très inégales.
Mais dans l'immédiat ? Héberger tout d'abord et sécuriser. Deux objectifs sur lesquels, en France,  l’État s'est montré très défaillant. C'est que pour l'hébergement de long terme il existe une grave crise du logement, tout particulièrement du logement social, de nombreuses municipalités étant en dessous du taux de 25 % obligatoire requis par la loi. Les capacités d'hébergement d'urgence sont aussi très insuffisantes et les migrants se trouvent ainsi en concurrence avec les SDF. Quand certaines municipalités (Grande
Synthe, Paris....) ont voulu prendre l'initiative d'édifier des hébetgements, le gouvernement a commencé par s'y opposer. Les Centres d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) sont aussi bien insuffisants. Quant à la sécurité, le moins que l'on puisse dire est qu'elle est la hantise permanente des sans papiers, pris souvent entre l'envie d'avoir accès à un hébergement et de s'y faire prendre pour une reconduction à la frontière. Doit-on rajouter qu'existe un délit d'assistance à migrant en danger ?
Pourtant la solidarité existe. On a pu le constater lorsque, la jungle de Calais ayant été démantelée et les migrants ventilés dans de nombreuses municipalités (même sans avis préalable auprès du maire!), leur installation a, dans l'ensemble, plutôt été bien perçue. Et les enquêtes d'opinion ont fait état à partir de ce moment d'une remontée, chez les français, du taux d'acceptation des migrants. Certes, l'accueil n'est pas spontané et Olivier nous a rapporté qu'un migrant lui avait dit, lui qui venait d'une culture hospitalière, : « ici, personne n'accueille ». Et pourtant c'est bien l'accueil qui enrichit. Julien nous en avait donné un témoignage lors de la dernière réunion. Olivier cette fois a relaté les expériences de petites communautés accueillantes à travers toute la France, où le migrant est reconnu dans sa dignité, mis en confiance et écouté (voir, joint, le rapport d'Olivier à la Mission de France). Claire a raconté l'arrivée un beau jour, au cours dispensé par l'ASTI, de deux soudanais qui, venant de la place Stalingrad, avaient, sur un globe, expliqué leur parcours. Chaque homme est une histoire sacrée. Un migrant plus encore.
C'est par l'ouverture du cœur que l'on se fait proche de l'autre.     (écrit le 16/11/2016)

 

3. L'accueil de l'étranger dans les messages du pape François (dans « J'étais un étranger et vous m'avez accueilli »)
Messages pour la journée des migrants et réfugiés de 2014, 2015 et 2016
Sans reprendre successivement ces messages qui portent sur des thèmes un peu différents mais ont beaucoup de points communs, retenons quelques idées.
L’Église, mère de tous, n'a pas de frontières. Toute la terre appartient à tous. Aussi, sans faillir, l’Église diffuse-t-elle une culture d'accueil et de solidarité. Dans la réalité les frontières et les rapports de force entre pays donnent à certains seulement le droit de se déplacer d'un pays à un autre. Pas à tous. Et, chassés par les guerres, la misère, le dérèglement climatique, nombreux sont ceux qui quittent sans visa leur pays pour aller ailleurs où ils espèrent vivre mieux. L'Europe, pourtant riche, les accueille mal. Elle les parque, les trie en catégories selon des statuts juridiques, en maintient le plus grand nombre dans la clandestinité et souvent les renvoie chez eux. Or, pour l’Église toute terre étrangère doit être une patrie.
Il nous faut donc avoir une politique d'accueil. Pas simplement répondre à l'urgence, mais  faire face à un flux constant qui va se perpétuer, résultant de l'inégalité des conditions de vie à l'échelle de la planète. Pas seulement tolérer, mais faire un véritable accueil et voir en l'étranger un compatriote. Entre ce que l'on souhaite en conscience et les règles de droit, la tension est forte. C'est ce qu'a vécu une employée de l'ofpra qui n'a pas pu tenir plus de 4 ans tant les cas qu'elle avait à traiter la faisait souffrir.
Le secours, c'est de penser que le Christ, dès l'enfance, a dû migrer contre la persécution, c'est de se rappeler, comme certains de nous l'ont fait, des moments de l'exode au début de la dernière guerre mondiale, c'est de se dire que nous ne sommes pas à l'abri. Au fond, c'est se mettre à la place de l'autre. Malgré les difficultés de compréhension, le secours c'est de partager avec l'autre notre appartenance à l'humanité et de « partager l'espérance d'un avenir meilleur »


Discours à Lampedusa du 8 juillet 2013
Ce texte, le dernier publié dans l'ouvrage, est le plus poignant. Le pape est allé à Lampedusa à la rencontre de ceux qui viennent de débarquer en Europe, ayant survécu à la mort et aux affreuses épreuves de leur pays d'origine jusqu'en Libye. Le pape reprend « les deux questions que Dieu pose au début de l'histoire de l'humanité et qu'il adresse aussi à tous les hommes de notre temps ». Tout d'abord : « Adam, où es-tu ? », voulant dire « Qu'es-tu devenu en voulant te rendre puissant ?. Qu'as-tu fait de ma création ? ». Puis « Où est ton frère ? », voulant dire que c'est cette volonté de puissance qui a fait couler le sang de ton frère. Le pape François reprend ces questions pour nous faire réfléchir à la « mondialisation de l'indifférence ». Et c'est pourquoi il ajoute une question : « Qui de nous a pleuré pour la mort de ces frères et sœurs ? Pour ces personnes qui étaient sur le bateau ? Pour les jeunes maman qui portaient leurs enfants ?.... ».     

(écrit le 14/12/2016)